Les fils Bach

Les mélomanes connaissent bien les grandes œuvres chorales de Johann Sebastian, par contre l’on connaît moins bien les œuvres des aïeux de Bach et probablement encore moins la musique chorale de ses fils.

Présentation des œuvres

Magnificat

Composé en 1749, le Magnificat de Carl Philipp Emanuel Bach correspond à sa période berlinoise. Toutefois, il semble qu’il ait écrit cette œuvre dans l’espoir de succéder à son père comme Cantor de Saint-Thomas, à Leipzig. L’œuvre est d’ailleurs toute inspirée du style paternel, peut-être pour obtenir au moins son approbation, car les autorités de Leipzig, après vingt années de collaboration parfois difficile avec Johann Sebastian, n’eurent probablement pas envie de reprendre un Bach comme nouveau Cantor.

Le Magnificat de Carl Philipp est comme celui de son père en ré majeur, tonalité qui, dans la tradition baroque, exprimait la joie et permettait d’utiliser les fameuses trompettes naturelles. Le Fecit potentiam et le Deposuit sont extrêmement proches sur le plan mélodique et tous les épisodes fugués, surtout la grande fugue finale, sont écrits dans le style contrapuntique du grand Johann Sebastian.

L’œuvre garde pourtant un caractère nouveau et très personnel, notamment dans le traitement de la voix pour les solistes – les airs sont très lyriques –, dans l’écriture instrumentale et dans les nouvelles audaces harmoniques qui annoncent déjà Beethoven.

Directeur de la musique à Hambourg, Bach remania son Magnificat et le présenta dans un même concert avec le Credo de la Messe en si mineur que l’on entendait en première exécution.

C’est la version de Hambourg que le Chœur Pro Arte a choisi de présenter.

Missa da Requiem

C’est sur les conseils et les corrections du Padre Martini, célèbre musicologue et professeur de contrepoint à Bologne, que Johann Christian Bach composa son Requiem. Lors de la première audition, le 29 juillet 1757, on n’entendit que le Dies Irae. L’Introitus ne fut terminé qu’à la fin de l’automne et le Kyrie au printemps 1758. Aujourd’hui, lors des trop rares exécutions de musique sacrée de Johann Christian Bach, on n’entend habituellement que le Dies Irae ; ce qui est une erreur, car le compositeur a réuni les trois parties, Introitus, Kyrie et Dies Irae, dans un même manuscrit de sa propre main.

C’est cette version que le Chœur Pro Arte a décidé de présenter.

Dans l’Introitus, Johann Christian Bach s’essaie à la technique du style ancien, la stricte polyphonie. L’influence du Padre Martini est ici très sensible, tant ce grand professeur était un expert en la matière. L’une de ses spécialités était l’édification d’une construction polyphonique sur la base d’un cantus firmus donné. C’est donc fort logiquement que Johann Christian Bach fait chanter par les basses, en valeurs longues, dans les trois premiers mouvements de son Requiem, la mélodie du rite ambrosien en usage à Milan. Au-dessus, les six voix aiguës du chœur (deux sopranos, deux altos, deux ténors), renforcées par les parties orchestrales qui les doublent, font retentir la densité de leur contrepoint. Le résultat en est une composition à sept voix d’une très grande beauté sonore. Dans le Kyrie, les parties chorales se répartissent en deux ensembles à quatre voix concertant l’un avec l’autre dans le style polyphonique vénitien du début du XVIIe siècle.

Dans l’Introitus et le Kyrie, le compositeur apporte la preuve de toute son habileté dans les styles anciens. Dans la séquence en do mineur (le Dies Irae), il se tourne vers un style plus moderne, plus riche en affects et plus mélodique. Pourtant, la grande maîtrise harmonique n’est en rien reléguée au second plan : les quatre mouvements chorals du Dies Irae apparaissent bien comme de réelles compositions à huit voix. Entre ces tutti sombres et teintés d’amertume se développe une suite d’arias et d’ensembles dont la variété, dans la tonalité comme dans l’expression, révèle toute la palette des talents de compositeur de Johann Christian Bach.

Ce Requiem remporta un immense succès et lui ouvrit les portes de l’opéra, genre totalement délaissé par tous les autres Bach.