Œuvre

Verbe de Feu

Titre Verbe de Feu
Compositeur Robert Mermoud (1912 - 2005)
Année de composition 1967
Programmes
Extrait

La Bible raconte que les apôtres réunis pour la 1re Pentecôte « furent remplis du St-Esprit et commencèrent à parler en langues étrangères ». On songe aussitôt à cette autre histoire, titrée de l’Ancien Testament, où Dieu « jeta la confusion dans le langage de tous les habitants de la terre », et dispersa les hommes d’un lieu appelé Babel. Un même événement, ne semblable scission du langage ; mais les causes et les fins sont inversées. Les constructeurs de Babel furent châtiés – les apôtres reçurent au contraire par là le signe d’une grâce particulière.

Or, l’axe autour duquel cette inversion trouve sa pleine signification symbolique – car les histoires, au-delà de l’Histoire, sont aussi des symboles – c’est évidemment, le chemin du Christ, et, plus particulièrement, le chemin de Croix et de la Résurrection.

Ce qui est changé par le Christ, c’est que la grâce a été réalisée et qu’elle peut être reçue. Mais la grâce n’est pas à dire ; elle n’est pas du langage, ou, du moins, pas du nôtre. Ce qu’on peut dire – et redire selon les langages de l’homme – c’est un chemin de l’homme sur le chemin du Christ. Imparfait mais perfectible. Obscur mais dominé par le signe éclatant de la Croix. La grâce est au-delà – ou en deçà ; le Verbe qui s’incarne n’est pas celui des hommes. Il est cependant vrai qu’il s’incarne.

« Verbe de Feu » comprend 3 parties : Babel, La Croix et La Pentecôte. Ce ne sont pourtant pas les faits qui y sont rapportés. Au commencement, il y a le Verbe. Et le mouvement de l’homme vers son Dieu n’a pas changé, ni ses chutes ni ses rédemptions passagères.

C’est ce mouvement que nous avons tenté d’exprimer. Il n’est cependant pas linéaire mais, plutôt contrapuntique. Ainsi lorsque leur progression est inverse, complémentaire ou parallèle, la musique et les mots peuvent s’éclairer l’un l’autre. Leur dialogue – divisé, rompu, apaisé. Surtout la musique peut ménager autour des mots cet espace de silence sans lequel le symbole demeure un chiffre de l’abstraction.

Monique Laederach, auteur du texte de Verbe de Feu

Il est difficile de parler soi-même de la musique que l’on écrit, il est plus difficile d’en parler lorsqu’elle n’est pas encore entièrement élaborée. Disons simplement, pour en préciser le caractère, que les 3 parties du poème de Monique Laederach appellent trois climats différents : désordre, désorganisation dans la 1re partie (Babel) d’où le recours à certains procédés d’écriture contemporains ; attente angoissée dans la 2e partie (La Croix), tout entière appuyée sur le choral Golgotha – la douleur du sacrifice se superpose à l’espérance du salut ; la 3e partie (La Pentecôte) amènera tout naturellement un langage plus serein, plus lumineux, et dans sa conclusion, plus triomphant et direct.

Robert Mermoud